Charles Albert Schultz dit « Albert Schultz »Strasbourg, 15 avril 1871 - 6 décembre 1953, Strasbourg« Gänseliesel »Biscuit de porcelaine Hauteur : 38cm Signature en bas à gauche
Albert SCHULTZ "Gänseliesel" Biscuit de porcelaine, hauteur 38cm
Albert SCHULTZ "Gänseliesel" Biscuit de porcelaine, hauteur 38cm
Albert SCHULTZ "Gänseliesel" Biscuit de porcelaine, hauteur 38cm
Albert SCHULTZ "Gänseliesel" Biscuit de porcelaine, hauteur 38cm (détail)
Cette remarquable sculpture en biscuit de porcelaine reprend l’une des créations les plus emblématiques d’Albert Schultz : la célèbre Gänseliesel, littéralement la « petite gardienne d’oies », figure profondément attachée à l’imaginaire alsacien et dont la version monumentale est devenue indissociable du parc de l’Orangerie à Strasbourg.
Schultz imagine avec la Gänseliesel une scène d’une apparente simplicité : une jeune Alsacienne, vêtue du costume traditionnel et coiffée du grand nœud caractéristique, tient contre elle une oie dont le long cou descend en une courbe spectaculaire jusqu’au sol. Une seconde oie, ailes largement déployées, semble chercher à échapper à sa jeune gardienne. De ce sujet familier, presque anecdotique, le sculpteur tire pourtant une composition d’une remarquable sophistication.
La jeune fille constitue naturellement le centre de l’œuvre. Debout, le corps légèrement infléchi, elle ne se présente pas frontalement au spectateur. Schultz construit au contraire sa figure dans la torsion : tandis que le corps accompagne le mouvement de l’animal qu’elle retient, la tête se retourne délicatement par-dessus l’épaule. Le visage incliné et le regard abaissé semblent suivre l’agitation de l’oie située à ses pieds. Ce subtil mouvement en spirale anime toute la sculpture et lui confère une grâce que n’aurait pu produire une pose strictement frontale.
La silhouette est dominée par la spectaculaire coiffe alsacienne, dont les larges ailes encadrent le visage. Comme dans ses bustes d’Alsaciennes, Schultz comprend immédiatement le potentiel plastique de cet élément du costume régional. Le grand nœud devient une masse sculpturale à part entière : ses pans souples, modelés en larges ondulations, répondent aux plis de la robe et surtout au déploiement des ailes de l’oie.
Le costume fait l’objet d’une observation attentive sans jamais tomber dans une transcription sèche ou ethnographique. Le corsage ajusté souligne la finesse de la taille avant que la jupe ne s’élargisse en une succession de longs plis verticaux. Les manches, les bordures du vêtement, le tablier et les chaussures composent un ensemble où alternent surfaces lisses et détails plus minutieusement travaillés. Schultz restitue suffisamment les particularités du costume pour identifier immédiatement son modèle comme une jeune Alsacienne, mais il les subordonne toujours à l’harmonie générale de la sculpture.
Le traitement du visage est particulièrement délicat. L’ovale juvénile, les paupières abaissées et la bouche discrètement dessinée donnent à la jeune fille une expression de douceur concentrée, presque rêveuse. Schultz évite toute caricature paysanne. Sa Gänseliesel n’est pas un « type » folklorique figé : elle possède au contraire une présence individuelle et une élégance qui rapprochent la scène de la sculpture de genre raffinée de la fin du XIXᵉ siècle.
Mais l’extraordinaire réussite de la composition tient surtout au dialogue entre la jeune fille et les deux animaux. L’oie qu’elle maintient contre elle développe son long cou dans une spectaculaire diagonale descendante. Celui-ci traverse littéralement la composition, depuis le panier et les bras de la jeune fille jusqu’à l’animal situé à ses pieds. Il constitue une sorte de ligne serpentine qui conduit naturellement le regard du haut vers le bas.
À cette courbe répond le mouvement beaucoup plus tumultueux de la seconde oie. Placée au pied de la jeune Alsacienne, celle-ci déploie largement ses ailes, créant une expansion horizontale qui contraste avec la verticalité de la figure humaine. Le minutieux travail des plumes, le cou projeté et l’ouverture des ailes introduisent une agitation presque théâtrale. L’animal semble surpris dans un instant fugitif, donnant à l’ensemble cette impression de vie qui fait tout le charme de la composition.
Le groupe repose ainsi sur une opposition savamment orchestrée : calme et mouvement, verticalité et diagonale, douceur du visage et agitation des animaux, précision du costume et liberté des formes naturelles. Schultz parvient à transformer une scène quotidienne de la vie rurale en une véritable construction sculpturale destinée à être regardée sous plusieurs angles.
Le choix du biscuit de porcelaine convient admirablement à ce modèle. Sa blancheur mate, dépourvue de la brillance d’une porcelaine émaillée, rapproche visuellement l’œuvre de la sculpture en marbre tout en autorisant une grande finesse d’exécution. La lumière se diffuse doucement sur le visage et les larges surfaces du costume, tandis qu’elle accroche davantage les reliefs du plumage, les plis des étoffes et les détails de la coiffe. L’absence de polychromie concentre ainsi le regard sur le modelé et permet d’apprécier pleinement la qualité plastique du groupe.
Avec ses 38 cm de hauteur, cette version possède par ailleurs des dimensions suffisamment importantes pour conserver toute la monumentalité du modèle original. La réduction n'affaiblit nullement la composition : elle permet au contraire d'en apprécier à proximité la complexité, depuis la délicatesse du visage jusqu'au travail particulièrement fouillé des animaux.
La Gänseliesel occupe une place particulière dans l’œuvre d’Albert Schultz. Sa version monumentale, installée au parc de l’Orangerie à Strasbourg, est devenue au fil du temps l’une des sculptures populaires les plus familières de la ville. Schultz y réalise bien davantage qu’une simple évocation pittoresque de la campagne alsacienne : il donne une incarnation sculpturale à cette jeune fille en costume traditionnel, dont l’image s’inscrit pleinement dans le mouvement de redécouverte des arts et traditions régionales autour de 1900.
Cette version en biscuit présente à ce titre un intérêt tout particulier. Elle transpose dans le domaine de la sculpture décorative une œuvre conçue pour l’espace public, permettant d’en retrouver, à une échelle plus intime, la totalité de la composition et la richesse de son modelé. La présence de la signature « Albert Schultz », portée sur la terrasse, rattache directement l’exemplaire au modèle du sculpteur.
Par la finesse de son exécution, l’élégance de la jeune Alsacienne, la virtuosité du traitement des oies et surtout par cette remarquable circulation du mouvement qui anime l’ensemble de haut en bas, cette Gänseliesel en biscuit de porcelaine constitue une très belle déclinaison de l’œuvre la plus célèbre d’Albert Schultz. Elle réunit de manière particulièrement heureuse les deux dimensions essentielles de son art : l’attachement à l’identité alsacienne et une véritable maîtrise de la sculpture naturaliste, capable de dépasser le pittoresque régional pour atteindre une œuvre pleine de grâce, de mouvement et de vie.
Information(s) supplémentaire(s) : Excellent état de conservation.
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