Charles Albert Schultz dit « Albert Schultz »Strasbourg, 15 avril 1871 - 6 décembre 1953, Strasbourg« Les ailes du moulin »Bronze Alsacien(ne) Hauteur : 27cm - L : 27cm Signature milieu bas
Albert SCHULTZ "Les ailes du moulin" Bronze, Hauteur 27cm
Albert SCHULTZ "Les ailes du moulin" Bronze, Hauteur 27cm
Albert SCHULTZ "Les ailes du moulin" Bronze, Hauteur 27cm
Albert SCHULTZ "Les ailes du moulin" Bronze, Hauteur 27cm
Albert SCHULTZ "Les ailes du moulin" Bronze, Hauteur 27cm
Œuvre en rapport : Un autre exemplaire est conservé dans les collections du Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg, sous le numéro d’inventaire 55.974.0.984.
Cette charmante et remarquable sculpture en bronze d’Albert Schultz, intitulée Les Ailes du moulin, constitue une expression particulièrement heureuse de l’art du sculpteur alsacien, dont l’œuvre se distingue par son attachement aux traditions régionales, son sens aigu de l’observation et sa capacité à restituer, avec une remarquable spontanéité, les gestes et les attitudes de la vie populaire.
Représentant deux jeunes Alsaciennes en costume traditionnel, se tenant par les mains dans un mouvement de ronde, cette composition possède une fraîcheur et une vitalité qui dépassent largement le registre de la simple scène folklorique. Schultz ne cherche pas seulement à évoquer une coutume ou un divertissement enfantin : il s’attache avant tout à saisir l’instant fugitif d’un mouvement, à traduire dans la matière la joie, l’élan et l’équilibre précaire de deux corps entraînés dans une même danse.
Les deux jeunes filles se font face, les bras tendus et les mains solidement réunies. Leurs bustes s’inclinent en arrière, tandis que leurs jupes s’écartent sous l’effet du mouvement. Cette attitude, caractéristique d’un jeu consistant à tourner rapidement autour d’un centre commun, donne à l’ensemble une dynamique circulaire immédiatement perceptible.
Le titre, Les Ailes du moulin, prend ici tout son sens. Les bras étendus des deux danseuses évoquent les ailes d’un moulin en rotation, tandis que leurs corps, disposés de part et d’autre d’un axe imaginaire, semblent emportés par une force centrifuge. Le sculpteur transforme ainsi un jeu populaire en une véritable étude du mouvement, dont la simplicité apparente dissimule une construction particulièrement ingénieuse.
La composition repose sur un équilibre subtil entre opposition et complémentarité. Les deux figures s’éloignent l’une de l’autre tout en demeurant étroitement liées par leurs mains. Leurs bustes inclinés dessinent deux diagonales divergentes, tandis que les bras tendus constituent une ligne presque horizontale qui traverse la sculpture de part en part.
Cette organisation donne naissance à une silhouette largement ouverte, dont les vides jouent un rôle aussi important que les volumes. L’espace compris entre les bras, les bustes et les jupes participe pleinement à l'expression du mouvement. Schultz ne se contente pas de représenter deux personnages : il sculpte également l'air qui circule entre eux, suggérant la vitesse de leur rotation.
Le traitement des costumes alsaciens révèle toute la sensibilité de l'artiste. Les deux jeunes filles portent de longues robes aux jupes amples, des corsages ajustés et les traditionnelles coiffes à larges nœuds, dont les rubans se déploient autour de leurs têtes.
Ces coiffes, emblématiques de l'identité vestimentaire alsacienne, jouent ici un rôle plastique essentiel. Leurs formes généreuses, presque exagérées, prolongent les mouvements des corps et accentuent l'impression de tourbillon. À l'image des ailes évoquées par le titre, elles semblent elles-mêmes animées par la rotation des danseuses.
Le modelé des vêtements est particulièrement remarquable. Les plis des jupes, profondément creusés par endroits, s'organisent en longues courbes souples qui accompagnent l'élan des personnages. La matière paraît tantôt tendue par le mouvement, tantôt retenue par le poids du tissu. Ces variations témoignent d'une observation attentive des effets du déplacement sur le vêtement.
Loin de rechercher une description minutieuse et uniforme, Schultz privilégie les grandes lignes de force. Les plis sont parfois simplifiés, les volumes légèrement accentués, afin de renforcer la lisibilité de la composition. Cette liberté de traitement confère au bronze une vivacité qui le distingue des productions folkloriques purement anecdotiques.
Les visages, quant à eux, sont traités avec une délicatesse toute particulière. Malgré les dimensions relativement modestes de l'œuvre, l'artiste parvient à individualiser les deux jeunes filles. Leurs traits juvéniles, leurs expressions souriantes et leurs regards orientés vers leur compagne suggèrent une complicité joyeuse.
Cette dimension psychologique, discrète mais essentielle, contribue à l'humanité de la scène. Le mouvement n'est pas seulement physique : il devient l'expression visible d'une émotion partagée.
L'un des aspects les plus séduisants de cette sculpture réside dans la manière dont Schultz parvient à suggérer la légèreté à travers un matériau aussi dense que le bronze. Les corps semblent presque suspendus, retenus dans leur élan par la seule tension des bras. Les jupes s'écartent, les coiffes se soulèvent et les silhouettes paraissent sur le point de quitter le sol.
Cette impression de légèreté contraste avec la solidité de la fonte et la stabilité du socle circulaire en marbre noir. Le support joue ainsi un rôle important dans la perception de l'ensemble : sa géométrie rigoureuse et sa masse sombre offrent un contrepoint à la vivacité des figures, comme si le mouvement venait s'épanouir au-dessus d'une base immobile.
La patine brun-noir, aux reflets légèrement plus clairs sur les parties saillantes, met particulièrement bien en valeur le modelé. La lumière glisse sur les manches, les visages et les plis des robes, tandis que les creux conservent une profondeur presque noire. Ce jeu de clair-obscur renforce la sensation de mouvement et révèle toute la richesse du travail sculptural.
Cette œuvre s'inscrit dans une tradition particulièrement féconde de la sculpture alsacienne de la fin du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle, période durant laquelle de nombreux artistes puisent leur inspiration dans les costumes, les usages et les scènes de la vie régionale.
Toutefois, Albert Schultz se distingue ici par une approche qui dépasse la simple célébration des traditions. Son intérêt ne porte pas uniquement sur l'identité des personnages ou la précision de leurs costumes, mais sur la possibilité de transformer un sujet familier en une composition sculpturale autonome.
Le folklore devient ainsi le prétexte à une recherche formelle particulièrement aboutie.
Cette démarche rapproche l'œuvre des recherches menées par les sculpteurs de la fin du XIXᵉ siècle sur la représentation du mouvement, notamment dans les scènes de danse, de jeux et de divertissements populaires. Sans qu'il soit nécessaire d'établir une influence directe, on peut y reconnaître une sensibilité commune à celle de certains artistes qui, à la même époque, cherchent à dépasser la pose académique pour restituer la spontanéité du geste.
La force de Schultz réside précisément dans cette capacité à conjuguer la tradition figurative et une véritable liberté de composition. Les deux jeunes filles ne sont pas disposées selon un schéma frontal destiné à être contemplé d'un seul point de vue. Au contraire, la sculpture invite naturellement le spectateur à tourner autour d'elle.
Selon l'angle d'observation, les silhouettes se rapprochent ou s'éloignent, les bras semblent se croiser et les jupes composent de nouvelles arabesques. Cette multiplicité des points de vue prolonge visuellement le mouvement circulaire représenté.
Il existe ainsi une correspondance particulièrement heureuse entre le sujet de l'œuvre et la manière dont elle doit être regardée : pour apprécier pleinement Les Ailes du moulin, le spectateur est lui-même invité à accomplir autour de la sculpture un mouvement qui fait écho à celui des danseuses.
La présence d'un autre exemplaire dans les collections du Musée d'Art moderne et contemporain de Strasbourg, sous le numéro d'inventaire 55.974.0.984, constitue un élément documentaire particulièrement important. Elle permet de situer cette composition parmi les œuvres reconnues et conservées du sculpteur, tout en soulignant son intérêt pour l'histoire de l'art alsacien.
Cette référence muséale contribue également à distinguer la sculpture d'une simple production décorative régionale. Elle témoigne de l'intérêt artistique et patrimonial d'une œuvre qui, malgré son sujet populaire et ses dimensions relativement contenues, révèle une véritable maîtrise de la composition, du modelé et de l'expression.
Avec ses 27 cm de hauteur totale, Les Ailes du moulin possède cette qualité propre aux petites sculptures de caractère : une intimité d'échelle associée à une présence plastique étonnamment affirmée. La scène conserve la fraîcheur d'un instant de jeu, tout en présentant une construction suffisamment rigoureuse pour être appréciée comme une véritable œuvre de sculpture.
Par son sujet profondément alsacien, la vivacité de son mouvement, la souplesse de son modelé et la remarquable intelligence de sa composition, ce bronze d'Albert Schultz constitue un témoignage particulièrement attachant de la sculpture régionale du début du XXᵉ siècle.
Mais son intérêt dépasse la seule évocation d'une tradition populaire. À travers ces deux jeunes filles emportées dans leur ronde, Schultz parvient à donner une forme tangible à ce qui, par nature, échappe à l'immobilité de la sculpture : le mouvement, l'élan et la joie.
Dans Les Ailes du moulin, le bronze semble oublier son poids. Les corps s'inclinent, les jupes tourbillonnent, les coiffes s'animent et les bras tendus deviennent les ailes imaginaires d'un moulin humain. Albert Schultz transforme ainsi un jeu enfantin en une véritable chorégraphie sculpturale, où la grâce du mouvement rejoint la poésie des traditions alsaciennes.
|