Ce dessin à la sanguine de Charles Spindler constitue une étude délicate consacrée à la figure féminine alsacienne, thème central dans l’œuvre de cet artiste majeur du renouveau artistique régional au tournant du XXᵉ siècle. Peintre, marqueteur, décorateur et figure fondatrice de l’École alsacienne des arts décoratifs, Spindler a profondément contribué à l’élaboration d’une iconographie régionale où le costume traditionnel devient l’un des symboles les plus emblématiques de l’identité alsacienne.
La feuille présente deux études de jeunes femmes en costume traditionnel, esquissées avec une grande économie de moyens. Le dessin supérieur montre une Alsacienne accoudée au dossier d’une chaise ou d’un panneau, son visage légèrement incliné vers l’avant. Le célèbre nœud monumental de la coiffe alsacienne, rendu par quelques lignes souples et nerveuses, structure la silhouette et attire immédiatement le regard. Le visage, traité avec une grande sobriété, révèle l’attention particulière que l’artiste porte à l’expression et à la douceur des traits.
Dans la partie inférieure de la feuille apparaît une seconde étude, plus introspective. La jeune femme, coiffée d’un bonnet ou d’une coiffe plus simple, repose ses mains jointes sur un support semblable, dans une attitude calme et méditative. Le modelé du visage et la position légèrement tournée de la tête témoignent de la recherche attentive de l’artiste dans l’étude des attitudes et des expressions.
La technique de la sanguine, avec son trait chaud et velouté, confère au dessin une grande sensibilité. Les lignes restent volontairement légères et ouvertes, laissant apparaître le caractère d’étude de la feuille. Quelques traits rapides suffisent à suggérer les volumes du visage, la structure des coiffes et les plis du costume, révélant la maîtrise du dessin propre à Spindler, pour qui l’observation attentive du réel constituait une étape essentielle du processus créatif.
Au-delà de son intérêt graphique, ce dessin possède également une dimension historique et documentaire. En bas à gauche figure en effet une dédicace manuscrite de Paul Spindler, fils de l’artiste :
« À l’ami Landwerlin ce dessin de mon père en souvenir de l’exposition rétrospective de 1955. Paul Spindler ».
Cette inscription indique que la feuille fut offerte à l’occasion de la grande exposition rétrospective consacrée à Charles Spindler en 1955, témoignant de la volonté de Paul Spindler de perpétuer la mémoire artistique de son père et de diffuser son œuvre auprès des amateurs et amis de l’artiste.
Ainsi, ce dessin ne constitue pas seulement une étude préparatoire ou un exercice graphique ; il apparaît aussi comme un témoignage intime de la transmission artistique et familiale autour de l’héritage de Charles Spindler. Par la simplicité de son trait et la justesse de son observation, cette feuille révèle toute la sensibilité de l’artiste pour la figure alsacienne, devenue sous son regard l’un des motifs les plus emblématiques de la culture régionale.