Provenance :
- Maison d'Art Ria Gerner, Strasbourg
- collection privée, Alsace
- Galerie Kiwior, Strasbourg
- collection privée, Strasnourg
Cette huile sur toile de Gérard Bliekast s’inscrit avec force dans la tradition du nu moderne, tout en affirmant une écriture plastique profondément marquée par les recherches post-cubistes et la synthèse formelle héritée de André Lhote.
La composition s’organise autour d’un nu féminin allongé, traité non comme un simple motif naturaliste mais comme un véritable champ d’expérimentation plastique. Le corps est construit par plans colorés juxtaposés, fragmenté en surfaces géométrisées qui épousent et redéfinissent les volumes anatomiques. Loin d’une imitation fidèle du réel, Bliekast privilégie une vision structurée, où chaque partie du corps participe à une orchestration rythmique de formes et de couleurs.
La figure, étendue dans un intérieur stylisé, se déploie en diagonale, dynamisant l’espace pictural. Le traitement du visage, réduit à quelques lignes essentielles, contraste avec la richesse chromatique du corps, dont les tonalités — ocres, verts, roses et jaunes — s’entrelacent dans une harmonie vibrante. Cette polychromie n’a rien d’anecdotique : elle participe d’une construction intellectuelle de la forme, dans laquelle la couleur devient un outil d’architecture visuelle.
L’espace environnant, constitué de larges aplats colorés — rouges profonds, bleus soutenus, verts sourds — fonctionne comme un écrin abstrait. Les éléments du décor, à peine suggérés (un livre ouvert au premier plan, quelques motifs végétaux stylisés), sont intégrés à la composition comme des surfaces autonomes, abolissant la frontière traditionnelle entre figure et fond. Ce traitement témoigne d’une volonté de synthèse propre aux enseignements d’André Lhote, qui prônait une organisation rationnelle de la peinture fondée sur les rapports de formes et de couleurs.
La matière picturale, visible et légèrement granuleuse, renforce la présence physique de la peinture. Les coups de pinceau, bien que maîtrisés, laissent affleurer une certaine spontanéité, conférant à l’ensemble une vitalité qui tempère la rigueur de la construction.
Cette œuvre illustre ainsi parfaitement la position de Gérard Bliekast dans la modernité française du XXᵉ siècle : héritier des recherches cubistes, mais aussi attaché à la tradition du nu, il parvient à concilier structure et sensualité, abstraction et figuration. Le corps féminin devient ici le lieu d’un équilibre subtil entre construction intellectuelle et perception sensible, dans une peinture où la leçon d’André Lhote est pleinement assimilée sans jamais être servilement imitée.