Cette œuvre singulière de Henry de Waroquier, intitulée Sept métamorphoses et que l’on peut situer vers 1920, s’inscrit dans la veine introspective et symboliste qui traverse l’ensemble de sa production au lendemain de la Première Guerre mondiale. Cette période charnière correspond chez l’artiste à une intensification de la recherche intérieure et à une simplification monumentale des formes, nourries d’un dialogue discret avec les avant-gardes sans jamais s’y soumettre pleinement.
La composition, centrée sur une tête monumentale occupant presque toute la surface, procède d’un éclatement formel. Le visage, structuré par de larges lignes blanches cernées d’encre, semble fragmenté en plans géométriques qui rappellent, sans y adhérer strictement, certaines recherches cubistes contemporaines. Toutefois, chez Waroquier, la décomposition n’est pas analytique mais psychique : elle évoque une pluralité d’états intérieurs, une succession d’apparitions ou de « métamorphoses » de l’être.
Le recours au collage confère à l’œuvre une dimension matérielle et polysémique. Des fragments de papiers imprimés, aux motifs ornementaux et floraux, s’insèrent dans les compartiments du visage, créant un contraste saisissant entre la blancheur presque minérale des volumes et la richesse chromatique des incrustations. Les bleus profonds, les verts nuancés, les ocres et les rouges vibrent sous la surface, comme si le visage révélait des strates de mémoire ou des éclats de visions intérieures. La matière picturale, travaillée à la gouache et rehaussée d’encre et de crayon, alterne zones lisses et passages plus nerveux, accentuant la tension expressive de l’ensemble.
Les yeux, sombres et intensément fixés, dominent la composition d’une présence presque hypnotique. Leur immobilité contraste avec la fragmentation environnante. La bouche stylisée, légèrement ourlée de rouge, oscille entre masque archaïque et grimace expressionniste. L’ensemble peut évoquer à la fois une idole primitive, un masque rituel ou une figure mentale dédoublée — autant de résonances qui témoignent de l’intérêt de Waroquier pour les archétypes et pour l’universalité des formes.
Le titre Sept métamorphoses suggère une lecture évolutive : le visage ne serait pas un portrait, mais la condensation de plusieurs états successifs de l’âme. Cette pluralité rejoint les préoccupations existentielles de l’artiste, pour qui l’art constitue une exploration des profondeurs de la conscience. Vers 1920, dans un climat artistique marqué par la reconstruction et l’introspection, cette œuvre apparaît ainsi comme une méditation sur la multiplicité du moi et sur les couches successives qui composent l’identité humaine.
Par sa technique mixte, son économie chromatique dominée par le contraste entre le noir, le blanc et les éclats colorés du collage, et son intensité psychologique, cette pièce illustre avec force la singularité d’Henry de Waroquier : un créateur indépendant, refusant les orthodoxies stylistiques, et cherchant, à travers la figure humaine, une vérité intérieure d’ordre universel.
Information(s) supplémentaire(s) : Bon état de conservation. Format avec son cadre : 47,5x39cm.