Joseph SteibMulhouse, 26 juillet 1898 - 30 Janvier 1966, Brunstatt« Noce d'or au village »Huile sur panneau Intérieur 13x21cm Signature en bas à droite 1935
Joseph STEIB "Noce d'or au village" huile sur panneau, 13x21cm - 1935 (avec son cadre)
Joseph STEIB "Noce d'or au village" huile sur panneau, 13x21cm - 1935 (verso)
Littérature :
- Joseph Steib : Le salon des rêves , par Emmanuel Guigon, Fabrice Hergott, Tomi Ungerer. Éditions des Musées de Strasbourg, 2006.
- Le « Salon des rêves » : Comment le peintre Joseph Steib fit la guerre à Adolf Hitler, par François Pétry. Préface de Fabrice Hergott, La Nuée Bleue/Place des Victoires, 2015
- Joseph Steib, peintre résistant, film documentaire de 52 minutes de Gaël Lachaux, produit par Sancho & compagnie, 2017
Exposition :
- - Salon des Artistes français en 1936. Etiquette au dos "AE457"
Cette petite huile sur panneau (13 × 21 cm), signée et datée « 1935 – Jos. Steib » en bas à droite, intitulée Noce d’or au village et exposée au Salon des Artistes Français de 1936 — comme l’attestent les étiquettes conservées au revers — constitue l’un des témoignages les plus éloquents du talent narratif et ethnographique de Joseph Steib (1898-1966). Malgré son format modeste, l’œuvre déploie une scène foisonnante où s’entrelacent célébration, mémoire collective et sociabilité rurale, caractéristiques essentielles de la peinture de genre alsacienne de l’entre-deux-guerres.
Au centre de la composition, un couple d’aînés — vraisemblablement les jubilaires — trône à une longue table blanche, entouré de proches venus partager le repas de fête. Leur posture légèrement penchée, le regard mi-fatigué mi-ému, suggère à la fois la dignité tranquille de l’âge et la tendresse d’une vie commune célébrée publiquement. Autour d’eux, Steib met en scène une communauté villageoise animée : jeunes femmes en costumes traditionnels brodés, serveuses affairées, convives lisant des feuillets ou devisant, musiciens jouant du violon, de la mandoline, voire du piano. À gauche comme à droite, les figures musicales encadrent la scène et lui confèrent une structure presque chorale, rappelant l’importance du chant populaire dans les rituels de passage.
Le décor domestique, restitué avec précision, inscrit la scène dans un intérieur alsacien cossu : murs vert sombre, poêle en faïence monumental, horloge comtoise, fenêtres à petits carreaux, tableaux encadrés lourdement, chandelier central scintillant. À l’arrière-plan, une fillette virevoltant près d’un rouet rappelle, par contraste, la continuité des générations — un fil iconographique que Steib cultive avec finesse. L’artiste ne se contente pas de décrire ; il chronique une société enracinée dans ses coutumes, où le rituel matrimonial devient une affirmation identitaire et communautaire.
La touche de Steib, précise mais jamais sèche, privilégie les valeurs chromatiques : verts profonds, bruns chauds, blancs écrus rehaussés de rouges et de bleus folkloriques. La lumière est diffuse, intérieure, presque théâtrale, accentuant la convivialité du regroupement autour de la table. Cette approche traduit un regard empathique, ni satirique ni idéalisant, mais nourri d’observation attentive et d’un humour discret.
Présentée au Salon des Artistes Français en 1936, Noce d’or au village témoigne de la reconnaissance institutionnelle accordée à Steib, alors perçu comme l’un des chroniqueurs les plus sensibles de la vie quotidienne alsacienne. L’œuvre condense, en miniature, ce qui fait la singularité de son art : la mémoire du terroir, la célébration de la communauté, la mise en scène vivante du temps partagé. C’est un tableau précieux, non par son apparat, mais par la richesse humaine qu’il fait rayonner.
Information(s) supplémentaire(s) : Bon état. Cadre d'origine. Format avec son cadre : 20x28cm. Porte une étiquette au dos "AE457" et "Robinot Frères & Cie 1936, Salon Artistes français" et titré à l'encre.
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