Provenance :
- Ancienne collection Monseigneur Léon-Arthur Elchinger (1908 - 1998), évêque de Strasbourg
- puis par succession, collection Famille de l'artiste.
Cette rare sculpture en terre sigillée de Léon Elchinger, réalisée vers 1939 et signée simplement « Léon » sur la base, constitue un témoignage d’une importance exceptionnelle dans l’œuvre tardive du maître de Soufflenheim. Haute de 29 cm, cette composition intimiste représentant un couple d’Alsaciens en costume traditionnel dépasse de loin le simple sujet régionaliste : elle s’impose comme une synthèse profondément personnelle entre mémoire familiale, identité alsacienne et humanisme sculptural.
Par son extrême rareté — ces pièces demeurant souvent réservées au cercle privé des Elchinger — l’œuvre appartient à cette catégorie précieuse d’objets où l’artiste ne produit plus seulement pour le marché ou l’exposition, mais pour une sphère de transmission affective et culturelle. Le fait qu’elle ait appartenu à Monseigneur Léon-Arthur Elchinger, évêque de Strasbourg, et qu’elle soit demeurée dans la descendance familiale jusqu’à aujourd’hui, lui confère une provenance d’une force patrimoniale remarquable, inscrivant cette sculpture dans une double histoire : celle d’une dynastie de céramistes majeurs et celle d’une Alsace à la veille du bouleversement de la Seconde Guerre mondiale.
Le groupe représente une jeune Alsacienne coiffée de la traditionnelle grande coiffe nouée, vêtue d’une longue robe sobre aux plis simplifiés, accompagnée d’un homme en costume civil, chapeau souple et veste citadine, dont le geste protecteur — le bras posé sur l’épaule féminine — introduit une dimension narrative subtile. Loin de toute folklorisation caricaturale, Elchinger privilégie ici une scène de proximité presque silencieuse, où la tendresse discrète et la retenue émotionnelle évoquent davantage l’attachement à une terre et à ses mœurs qu’une simple anecdote de genre.
La stylisation des volumes révèle l’intelligence plastique de Léon Elchinger. Les formes sont volontairement synthétiques, presque architecturées : les masses vestimentaires, notamment la robe, sont traitées en larges surfaces calmes, tandis que les visages, légèrement inclinés, concentrent l’émotion dans une économie de moyens remarquable. Cette simplification n’est nullement naïve ; elle témoigne au contraire d’une modernité tempérée, où l’héritage Art Déco et la tradition céramique alsacienne se rejoignent. La composition compacte, la frontalité du groupe et le modelé volontairement retenu rappellent que Léon Elchinger fut aussi un remarquable observateur de la sculpture de son temps.
La terre sigillée, avec ses tonalités chaudes brun-roux, confère à l’ensemble une noblesse archaïsante. Cette surface mate, presque veloutée, exalte la dimension terrienne du sujet : la matière semble provenir symboliquement du sol même d’Alsace. Ce choix technique n’est pas anodin ; il relie l’œuvre à la longue tradition céramique de Soufflenheim tout en lui donnant une qualité sculpturale presque votive. Le médium devient ici langage identitaire.
Datée des environs de 1939, cette sculpture acquiert également une résonance historique particulière. Dans une Alsace alors traversée par les tensions politiques et identitaires, cette représentation d’un couple traditionnel peut se lire comme une affirmation douce mais puissante d’une permanence culturelle. Elchinger ne célèbre pas seulement le costume ; il fixe une continuité, une mémoire incarnée.
Œuvre de famille, œuvre de terroir, œuvre de transmission, cette terre sigillée se distingue ainsi comme l’un des témoignages les plus touchants et les plus rares de Léon Elchinger : non seulement grand céramiste, mais aussi interprète sensible de l’âme alsacienne. Par sa provenance, sa rareté et sa qualité plastique, elle relève autant de l’histoire de l’art régional que du patrimoine intime d’une des plus grandes lignées artistiques d’Alsace.
Information(s) supplémentaire(s) : Excellent état. Marqué dessous "ELCHINGER FILS SOUFFLENHEIM" et "Léon"