Léon Elchinger

Soufflenheim, 1871 - 1942, Soufflenheim

« Vase à décor fleurs blanches à deux anses »

céramique

Hauteur : 19cm et diamètre : 10cm

vers 1900 et 1919

Léon ELCHINGER Vase à décor fleurs blanches à deux anses céramique, hauteur 19cm - vers 1900 et 1919. Léon Elchinger
Léon ELCHINGER "Vase à décor fleurs blanches à deux anses" céramique, hauteur 19cm - vers 1900 et 1919
Léon ELCHINGER Vase à décor fleurs blanches à deux anses céramique, hauteur 19cm - vers 1900 et 1919. Léon Elchinger
Léon ELCHINGER "Vase à décor fleurs blanches à deux anses" céramique, hauteur 19cm - vers 1900 et 1919
Léon ELCHINGER Vase à décor fleurs blanches à deux anses céramique, hauteur 19cm - vers 1900 et 1919 (marque). Léon Elchinger
Léon ELCHINGER "Vase à décor fleurs blanches à deux anses" céramique, hauteur 19cm - vers 1900 et 1919 (marque)
Littérature :
  • variant reprduit in "Elchinger 1890 - 1960, céramistes" par Sophie-Elisabeth & Rainer Syring et Marc Elchinger, Editions Musées de Sarreguemines (2016), pages 128

Ce très rare vase à deux anses de Léon Elchinger constitue un remarquable témoignage de la période Art nouveau du grand céramiste de Soufflenheim. Il séduit autant par l’originalité de sa silhouette que par la liberté de son décor végétal, deux caractéristiques qui témoignent des recherches menées par Elchinger pour renouveler en profondeur le langage de la céramique alsacienne traditionnelle.
Léon Elchinger appartient à une ancienne dynastie de potiers de Soufflenheim. Sa formation, particulièrement ouverte pour un céramiste de sa génération, le conduit de Nancy à Höhr-Grenzhausen puis à l’École des Arts décoratifs de Strasbourg, avant plusieurs voyages d’étude européens. Ses expériences à l’étranger, notamment auprès de la manufacture Zsolnay à Pécs, jouent un rôle déterminant dans ses recherches sur les couvertes et dans son assimilation des courants modernes qui traversent alors les arts décoratifs européens. Revenu à Soufflenheim, il développe à partir de la fin des années 1890 une véritable poterie d’art et participe notamment aux expositions internationales de Paris en 1900 et de Turin en 1902.
Le présent vase est particulièrement intéressant par sa forme inhabituelle. Le corps, haut et légèrement renflé dans sa partie inférieure, se resserre progressivement vers une ouverture dont la régularité volontairement imparfaite conserve quelque chose du geste du potier. De chaque côté prennent naissance deux anses puissantes qui s’élèvent presque jusqu’à la lèvre. Leur dessin souple évite toute rigidité : elles semblent prolonger naturellement le corps du vase et lui donnent, vu de face, une silhouette presque anthropomorphe.
L’observation de profil révèle mieux encore l’originalité de cette conception. L’anse ne constitue pas un élément rapporté indépendamment du volume principal ; elle paraît au contraire naître de la paroi, s’en détacher puis y revenir dans un mouvement continu. Cette ligne sinueuse, presque végétale, est profondément caractéristique de l’esthétique Art nouveau, qui cherche précisément à abolir la séparation entre structure et ornement. La fonction même de l’objet devient prétexte à une recherche sur la courbe et le mouvement.
Le décor renforce cette impression organique. Sur un fond nuancé de verts sourds, gris-vert et tonalités terreuses, de grandes fleurs blanches s’épanouissent librement sur la panse. Leurs corolles sont largement ouvertes, constituées de pétales blancs irréguliers entourant un cœur brun rougeâtre. Elles évoquent des marguerites ou de grands chrysanthèmes stylisés, sans que l’artiste semble rechercher une identification botanique rigoureuse.
Cette stylisation est essentielle. Elchinger ne peint pas un bouquet : il transforme la fleur en motif décoratif, soumis à la forme même du vase. Les tiges, réduites à quelques longues lignes sombres, montent verticalement le long de la paroi tandis que les fleurs s’épanouissent à différentes hauteurs. Certaines sont volontairement interrompues par le bord visuel de la pièce. Le décor semble ainsi se poursuivre au-delà de ce que le regard peut embrasser et oblige naturellement à tourner autour du vase.
C’est précisément cette conception du décor continu qui donne à l’objet sa réussite. Il n’existe pas véritablement de face et de revers : d’un côté à l’autre, les fleurs apparaissent, disparaissent derrière les anses puis réapparaissent. Le vase doit être découvert dans sa rotation. L’ornement épouse donc pleinement le caractère tridimensionnel de la céramique au lieu d’être appliqué comme une image indépendante sur sa surface.
Plus remarquable encore est le traitement du fond. Sous les fleurs apparaissent de grands mouvements grisâtres et verdâtres, obtenus avec une remarquable liberté. Ils suggèrent davantage qu’ils ne décrivent des feuillages. Cette matière mouvante produit l’impression d’une végétation presque aquatique, sur laquelle les corolles blanches semblent flotter. Elle apporte au décor une profondeur inattendue et évite la sécheresse que pourrait provoquer un simple fond monochrome.
La palette est volontairement restreinte. Au vert profond de la partie supérieure répondent les tonalités plus grisées et translucides de la partie inférieure ; le blanc crème des pétales apporte la lumière tandis que les cœurs brun-rouge constituent les seuls accents véritablement chauds. Quelques traits presque noirs donnent enfin aux tiges leur vigueur graphique. Cette économie chromatique participe à la grande modernité de l’ensemble.
Le vase illustre ainsi parfaitement la manière dont Elchinger renouvelle la tradition potière de Soufflenheim. Au lieu d’abandonner les techniques de la terre vernissée, il les met au service du langage décoratif nouveau qui se développe en Europe autour de 1900. Son œuvre de cette période témoigne précisément de recherches constantes sur les formes, les glaçures et les décors ; ses modèles puisent fréquemment leur inspiration dans le monde végétal et privilégient des silhouettes organiques.
Il est d’ailleurs particulièrement intéressant de rapprocher cette pièce d’un grand vase à décor de chrysanthèmes sur fond vert nuancé, daté vers 1908-1919, documenté dans une étude consacrée à Léon Elchinger. On y retrouve cette association caractéristique entre fond vert, grandes fleurs claires stylisées et liberté du décor, qui permet de replacer notre vase dans les recherches végétales menées par le céramiste durant cette période.
Avec ses 19 cm de hauteur, l’objet conserve des proportions relativement intimes, mais sa double anse lui confère une véritable présence sculpturale. C’est précisément cette alliance entre une forme particulièrement originale et un décor floral parfaitement adapté à son volume qui en fait tout l’intérêt. Chez Elchinger, le vase n’est plus un simple support destiné à recevoir un ornement : forme, matière, couleur et décor sont conçus comme les différentes composantes d’une même œuvre.
Ce Vase à deux anses à décor de fleurs, daté vers 1900-1919, apparaît ainsi comme un très bel exemple des recherches Art nouveau de Léon Elchinger. Sa silhouette organique, ses anses sinueuses, son décor floral libre et sa subtile harmonie de verts, de blancs et de bruns témoignent de la volonté du céramiste de faire entrer la tradition de Soufflenheim dans la modernité européenne. La fleur n’y est plus simplement représentée : son rythme, sa ligne et sa croissance semblent déterminer la forme même de l’objet, selon l’un des principes les plus féconds de l’Art nouveau.





Information(s) supplémentaire(s) : Bon état de conservation. Marque sur le dessous "129 / 8/
Elchinger
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