Cette huile sur toile de Lucien Binaepfel, s’inscrit pleinement dans la veine humaniste et post-impressionniste qui caractérise la maturité de l’artiste. La scène représente un moment suspendu de la vie rurale : un couple de paysans, accompagné d’un enfant, s’accorde une halte à l’ombre des arbres, tandis qu’au second plan paissent tranquillement des bovins dans un paysage ouvert.
La composition repose sur une structure diagonale souple, qui conduit le regard du groupe familial au premier plan vers l’espace pastoral en arrière-plan. Binaepfel oppose ainsi l’intimité du repos humain à la continuité silencieuse du travail de la terre. Les figures, volontairement synthétisées, sont traitées avec une robustesse tranquille : visages sommairement modelés, corps solidement ancrés au sol, attitudes empreintes de lassitude mais aussi de sérénité. Le geste de l’homme, la main portée à la nuque, accentue cette sensation de fatigue paisible, tandis que la posture de la femme, assise et recueillie, confère à la scène une gravité presque méditative.
La palette, riche et audacieuse, témoigne de l’assimilation par Binaepfel des leçons du post-impressionnisme et, plus largement, de la modernité picturale du tournant du XXᵉ siècle. Les bleus profonds du ciel et des ombres structurent l’espace, dialoguant avec les verts vibrants de la prairie et les jaunes chauds du feuillage. Les touches épaisses, visibles, parfois presque heurtées, refusent toute illusion naturaliste stricte au profit d’une vision subjective et expressive du paysage. La couleur devient ainsi le principal vecteur de l’émotion, traduisant la chaleur de la journée et la quiétude de l’instant.
Le Repos apparaît dès lors comme une œuvre emblématique de l’attachement de Lucien Binaepfel au monde paysan alsacien, non pas idéalisé, mais saisi dans sa vérité quotidienne et intemporelle. À travers cette scène simple, l’artiste célèbre une humanité laborieuse, digne et silencieuse, inscrite en harmonie avec la nature qui l’environne. Le tableau dépasse ainsi le simple motif rural pour atteindre une dimension presque symbolique : celle d’un temps arrêté, où l’homme, la terre et le paysage ne font plus qu’un