Cette huile sur toile datée de 1918, réalisée par Lucien Haffen, constitue un témoignage particulièrement précieux des débuts de l’artiste, dont les œuvres de cette période demeurent aujourd’hui rares sur le marché. Elle s’inscrit dans un moment charnière de sa formation, où s’élabore un langage pictural encore nourri des acquis post-impressionnistes, mais déjà orienté vers une sensibilité personnelle affirmée.
La composition s’organise autour d’un alignement d’arbres aux feuillages flamboyants, dont les masses dorées et cuivrées occupent une large partie du champ pictural. Ces arbres, traités en touches épaisses et fragmentées, structurent l’espace tout en créant un rythme visuel dynamique. À l’arrière-plan, une architecture discrète — probablement une maison ou un corps de ferme — s’insère dans le paysage, tandis qu’un chemin à droite guide le regard vers la profondeur de la scène.
L’un des éléments les plus remarquables de cette œuvre réside dans son traitement de la matière. Haffen travaille la peinture en empâtements généreux, appliqués en touches visibles, parfois presque juxtaposées, qui rappellent l’héritage du divisionnisme tout en s’en affranchissant. Cette écriture picturale, vibrante et énergique, confère au paysage une intensité lumineuse saisissante. La surface de la toile devient ainsi le lieu d’une véritable orchestration chromatique.
La palette, dominée par des jaunes éclatants, des orangés chauds et des verts nuancés, traduit avec une grande sensibilité les transformations de la nature à l’automne. Les contrastes entre les zones d’ombre et de lumière, accentués par l’usage de bleus et de violets dans les ombres, participent à une construction colorée où la lumière n’est pas simplement représentée, mais ressentie. Le ciel, traité en larges touches claires, apporte une respiration à l’ensemble et équilibre la densité du premier plan.
Au-delà de la description du motif, cette œuvre témoigne d’une volonté de capter l’atmosphère et le rythme du paysage. Haffen ne cherche pas à reproduire fidèlement un lieu précis, mais à restituer une sensation visuelle et émotionnelle, où la nature apparaît en perpétuelle vibration. Cette approche, caractéristique des jeunes années de l’artiste, révèle déjà une attention particulière à la couleur comme vecteur d’expression.
En ce sens, Paysage automnal s’impose comme une œuvre essentielle pour comprendre les débuts de Lucien Haffen. Elle illustre un moment de recherche et d’expérimentation, où l’artiste, encore proche des courants post-impressionnistes, affirme progressivement une écriture personnelle. La rareté des œuvres de cette période confère à ce tableau une importance particulière, tant sur le plan historique que dans l’appréciation de l’évolution stylistique de l’artiste.