Paul LeschhornMetz, 1876 - 1951, Constance « Bach in Winter II (Ruisseau en Hiver II) »Bois (gravure) Paysage d'Alsace 30,5x39,5cm (à vue) Signature en bas à droite
Paul LESCHHORN "Bach in Winter II" estampe 30,5x39,5cm (détail)
Paul LESCHHORN "Bach in Winter II" estampe 30,5x39,5cm (détail)
Paul LESCHHORN "Bach in Winter II" estampe 30,5x39,5cm (avec son cadre)
Cette estampe de Paul Leschhorn s’inscrit avec une grande cohérence dans le renouveau de l’estampe au tout début du XXᵉ siècle, à un moment où les artistes européens redécouvrent et assimilent profondément les principes esthétiques de l’art japonais. Le sujet — un paysage hivernal silencieux, structuré par des arbres dénudés, la neige et l’eau figée — relève d’une iconographie familière à Leschhorn, puisée dans les paysages alsaciens qu’il observe et transcrit avec une sensibilité toute particulière.
La composition repose sur une économie de moyens volontaire : larges aplats clairs, lignes sombres et nerveuses des troncs, subtils contrastes entre les zones enneigées et les surfaces d’eau. Cette sobriété formelle évoque directement les estampes japonaises, notamment celles des maîtres de l’ukiyo-e, où la nature est pensée non comme décor pittoresque, mais comme structure rythmique et poétique. L’absence de figures humaines, la mise à distance du spectateur et l’équilibre asymétrique renforcent cette impression de contemplation silencieuse, presque méditative.
Leschhorn ne se contente toutefois pas d’imiter les modèles japonais : il les transpose. Le japonisme, ici, n’est pas citationnel mais assimilé. Les principes graphiques de l’estampe orientale — simplification des formes, primauté de la ligne, importance du vide, rôle expressif des surfaces planes — sont appliqués à des sujets profondément alsaciens, souvent hivernaux, empreints d’une mélancolie sourde et d’un attachement au paysage local. La neige, motif récurrent, devient un équivalent plastique du blanc japonais, espace de silence et de respiration visuelle.
Cette synthèse entre japonisme et sensibilité régionale inscrit pleinement Leschhorn dans l’esthétique de l’Art nouveau, non pas dans sa veine décorative la plus exubérante, mais dans sa recherche d’harmonie entre nature, ligne et rythme. L’estampe témoigne ainsi d’un moment charnière de l’art européen, où l’influence japonaise nourrit un langage moderne, tout en laissant place à une identité locale affirmée.
Par cette œuvre, Paul Leschhorn apparaît comme un passeur subtil entre deux mondes : celui de l’estampe japonaise et celui des paysages alsaciens, qu’il parvient à unir dans une vision poétique, silencieuse et intemporelle.
Information(s) supplémentaire(s) : Bon état. Format avec son cadre : 44x53cm. Verre antiUV70.
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